Misseva06---Au pays de l'inventé

 Au pays de l'inventé

écrit par Misseva06

La nuit du 17 février 1673, il pleuvait. Louis XIV faisait enterrer Jean-Baptiste Poquelin en cachette. Les comédiens étaient mal vus par le clergé, mais Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, était un grand homme très apprécié de Louis XIV. Emma, sa nièce, et seule héritière pleurait la mort de sa seule famille. Ses parents étaient morts de la peste, et elle avait été placée chez son oncle Jean-Baptiste. Au moment où il l’a accueillie, il travaillait déjà pour Louis XIV. Mais maintenant, c’était fini. Comment Emma allait-elle s’en sortir ? Louis XIV allait il avoir pitié d’elle et lui donné une charge à la cour ? Cela lui importait guère maintenant. Elle avait tout perdu, tout. Tout ce qui lui restait, était la seule chose que possédait son oncle, une petite enveloppe qu’il avait caché dans un coffre. Mais cette chose, elle l’avait oublié. Dans sa tête, les images des derniers moments de la vie d’oncle Jean-Baptiste passaient et repassaient. Elle assistait à une représentation du malade imaginaire, et, à la fin, elle se rendit dans la loge de son oncle pour le féliciter. Mais la tuberculose avait été plus rapide. Elle le revoyait, lui, le grand Molière, en train de cracher du sang…

Emma sortit brusquement de ses mémoires, le roi soleil venait de l’appeler.

-Mademoiselle Poquelin ? dit le roi d’une voix triste, mais assurée

-C’est bien moi, répondit celle ci en effectuant une grande révérence.

-Je sais bien que c’est dur pour vous, mademoiselle Poquelin. C’est pourquoi, pour vous aider, je vous donne une charge. Vous travaillerez désormais pour la Dauphine, qui a mis au monde, il y a quelques jours seulement, le futur roi de France.

-Votre Majesté est trop bonne…

-Je ne fais qu’aider la nièce du plus grand comédien de tous les temps, mais je dois retourner à Versailles, je vous laisse.

-Je vous suis entièrement reconnaissante, dit Emma en effectuant à nouveau une révérence.

Et puis, elle replongea dans ses mémoires, puis, soudain, elle revit oncle Jean Baptiste. Il lui disait- dans l’unique coffre… clefs dans ma chambre… enveloppe…plus grand trésor…à toi…pour toujours…à bientôt.- Emma sortit brusquement de ses rêveries, et courut en direction de la petite maison où elle vivait avec oncle. Elle entra très brusquement dans la chambre de son oncle, chercha partout des clefs, et, elle les trouva enfin sous son oreiller. Après cela, elle se précipita dans le petit salon où se trouvait le coffre, l’ouvrit, et trouva l’enveloppe en question. Elle l’ouvrit, et, à son grand étonnement, trouva une clef qui devait être celle d’un cadenas. Elle repassa dans sa tète tous les endroits cadenassés de la maison, et se souvint soudain de cette porte, qui l’avait tant intriguée quand elle était petite, et qu’elle avait fini par oublier. Elle y courut. Elle se trouvait sur le toit de la chambre d’oncle Jean-Baptiste. Elle grimpa sur le lit, ouvrit la petite trappe, se faufila dedans, et se retrouva, dans ce qui lui semblait être un drôle de monde. A son entrée, elle fut accueillie par un monsieur, qui lui fit de remarquables compliments sur sa beauté, sur sa façon de s’habiller et bien d’autres encore. Emma reconnut le don juan de la pièce de son oncle, et comprit, lorsqu’elle vit Harpagon recompter les sous de sa tirelire, le bourgeois entiché de noblesse, M. Jourdain qui entendait acquérir les manières des gens de qualité, Alceste, le misanthrope, reprochait à son ami Philinte sa complaisance et l'amabilité artificielle qu'il témoignait à tous ceux qu'il rencontrait. Il plaidait pour une sincérité absolue en toutes circonstances et critiquait avec violence l'hypocrisie et les politesses intéressées. Argan, le malade imaginaire, et bien d’autres gens qu’elle connaissait par cœur.

-Où somme nous, je vous prie ? demanda Emma à Don Juan

-Mais voyons, au pays de l’inventé, dans la petite case qui est réservée à notre cher Molière. Ne l’avez vous point vu, par hasard ?

-Je crains qu’il ne reviendra plus…dit tristement Emma, les larmes aux yeux

-Oh, je vois où vous voulez en venir. Je suppose que vous êtes triste, voulez vous vous installer dans ce joli fauteuil ? Racontez moi qui vous êtes.

- Je m’appelle Emma Poquelin…

-Enchanté, Emma.

-Moi de même, je suis la nièce d’oncle Jean Baptiste

-Oncle Jean-Baptiste ? Qui est ce ?

-Mais Molière, enfin !

-Oh ! Ce cher Molière ne me l’avait jamais dit qu’il ne s’appelait pas Molière.

-Il est…

-Mort, je sais, Argan me l’a dit, mais je me méfie de tout vous savez, ici on est capable de tout pour nous faire remarquer.

-Oui… Argan, le malade imaginaire… C’est vrai, il jouait le malade imaginaire hier soir…

-je vois qu’il vous a laissé le plus grand secret de tous les grands écrivains. Vous devez avoir beaucoup de valeur pour lui. Mais, bien sûr, moi je n’aurais pas hésité une seconde, j’aurais cédé tout de suite tous mes trésors à une si jolie demoiselle…

Emma ne put s’empêcher de sourire. Elle se leva pour mettre fin à la discussion, mais Don Juan lui dit doucement :

-S’il vous a donné la clef, c’est pour pouvoir vous voir, même s’il n’est plus dans le pays du réel.

-Que voulez vous dire par là ?

-Aucun auteur ne meurt vraiment, il nous a inventé, et les gens s’en souviennent. On se souviendra toujours de lui, et surtout, de nous et de nos exploits, sans vouloir me vanter. Si vous voulez mon avis, il ne va pas tarder à arriver.

-Comment ça ?

-Je vous l’ai dit ! Ici, tout le monde est immortel ! L’auteur aussi, quand il quitte le pays du réel, il rejoint le pays de l’inventé, même s’il est mort dans le pays du réel, dans notre pays, quoi qu’il arrive, nous sommes immortels…Sauf si on nous oublie, dit il d’une toute petite voix

-Que ce passerait il si les gens oubliaient mon oncle ?

-En oubliant Molière, on oublie les œuvres qui vont avec. Sans Molière, il n’y a pas d’avare, de don Juan, de malade imaginaire… Et sans malade imaginaire, sans don Juan, sans Avare… il n’y a pas de Molière. La mémoire nous fait vivre. Alors, ne nous oubliez jamais, vous, ma jolie demoiselle.

-Bien sûr que non ! Comment pourrais je commettre une telle sottise !

-La plupart des gens la font, mais vous vous êtes au courant, maintenant.

-Oui. Je vais vous laisser monsieur don Juan.

-Oh, déjà ? Quel dommage, une si jolie demoiselle…

Et Emma s’éloigna sans même entendre la fin de sa phrase. Tout cela lui paraissait tellement étrange !!

-Vous êtes médecin ?

-Pardon ?

-Est ce que vous êtes médecin ?

-Euh…

-Oui, et bien regardez donc cela ! Je m’en suis aperçu hier en me cognant contre le meuble de mon salon. C’est grave, je pense qu’on va devoir me couper ma jambe !

-Mais enfin, monsieur…

-Argan.

-Ah ! Argan ! Ce n’est qu’un bleu ça va disparaître dans quelques jours !

-Vous n’êtes pas médecin un bon médecin ! Ce n’est pas possible d’être aussi aveugle que vous ! Voyant ça, tout le monde devrait savoir que c’est grave ! Je ne vous conseillerait pas aux autres, vous êtes un très mauvais médecin ! Au revoir !

-Au revoir, monsieur le malade imaginaire !

-Comment m’avez vous appelé ?

-Au revoir monsieur Argan…

Et il partit, laissant seule Emma dans un petit fauteuil. Bientôt, elle fut rejointe par Harpagon.

-Je sui sûr que vous m’avez volé mon argent ! dit il

-Moi ? Mais, monsieur, je viens juste d’arriver !

-Cessez de mentir ! je vous ai vu ouvrir ma tirelire pendant mon absence !

-Vraiment ?

-Vraiment !

-Et quel intérêt trouverais-je à vous voler ?

-Avec mon argent, vous pourriez vous acheter tant de choses !

-Oh ! Regardez ! Alceste m’appelle ! Je vais devoir vous quitter ! Vraiment, quel dommage ! Au revoir, monsieur Harpagon !

Et elle partit avant même que celui-ci ne puisse répondre. Mais malheureusement, Alceste, le misanthrope, entendant son nom, c’était approché, et entama la conversation :

-Vraiment, la complaisance et l'amabilité artificielle que vous témoignez à tous ceux que vous rencontrez est reprochable ! Vous devriez avoir honte !

-Tenez vous toujours le même discours à ceux que vous rencontrez ?

-Insolente ! Je plaide pour une sincérité absolue en toutes circonstances et critique l'hypocrisie et les politesses intéressées.

-Je ne vois pas où vous voulez en venir.

-Voyez vous, vous êtes polie avec moi, et vous attendez que je vous rende quelque chose ! Eh bien, vous pouvez encore rêver !

-La chose que je vous demande en échange de ma politesse est la suivante : La paix !!!

Et elle s’enfuit en courant, et commença à pester toute seule, dans le vide, sans aucun but d’audition :

-Les gens sont d’une impolitesse ici ! Un qui m’accuse de l’avoir volé, un autre qui m’accuse d’être un mauvais médecin, alors que je ne suis point médecin, et un autre qui me reproche d’être polie ! Ce pays va me rendre folle !

-Vraiment ? dit une voix dans son dos

-Oncle Jean-Baptiste ! cria elle en reconnaissant la voix de son oncle et se jetant dans les bras de l’homme qui se tenait derrière elle.

-Bonjour ma chère Emma ! J’ai cru, un moment ne jamais plus pouvoir te revoir ! J’avais tellement de mal à te dire mon secret ! Mais je te l’ai quand même dit !

-C’est cela qui compte, mon oncle, et, le plus important est que nous soyons à nouveau ensemble.

-C’est bien vrai !

-Alors comme ça vous veniez de temps en temps ici, mon oncle ?

-Bien sûr, c’est le seul endroit où l’on peut vraiment travailler, bien que le personnages qui y vivent ne sont pas tous très sympathiques…

-Avez vous connus d’autres auteurs en ce même lieu ?

-Bien sûr, j’y ai rencontré ce cher Corneille ! Et aussi Cervantès, mais je ne vais pas te cacher que je ne comprenais point ce qu’il me disait, il parlait en espagnol ! J’y ai aussi rencontré jean de la Fontaine, Charles Perrault, Nicolas Boileau, Madame de Lafayette, Madame de Sévigné, La Roche Foucault, La Bruyère, et bien d’autres ! Il se fait tard ma chère Emma, et Sa Majesté Louis le Grand t’a donné une charge auprès de la Dauphine, pour le remercier, fais de toi la plus fidèle des demoiselles de compagnie de celle-ci, dit il en serrant Emma dans ses bras, mais reviens me voir demain !

-Au revoir mon oncle , je reviendrai demain soir.

-A demain alors.

Et Emma redescendit par la même petite trappe par où elle était entrée. Elle se rendit à Versailles où elle alla servir la Dauphine. Tous les soirs elle se rendait dans le pays de l’inventé où elle retrouvait son oncle et ses créations. Le roi après quelques mois de travail, la complimenta pour son talent comme demoiselle de compagnie, et lorsqu’il y avait des spectacles de théâtre où elle jouait, elle se faisait toujours remarquer. Et le roi ne manqua pas de lui dire- Vous semblez hériter du talent de ce cher Molière !-, et Emma se sentait fière, fière d’être la nièce de Jean Baptiste Poquelin, dit Molière.

FIN

Note de l'auteur:cette nouvelle est une fiction, ce qui est raconté dans cette histoire ne s'est pas réellement produit.

9 votes. Moyenne 2.89 sur 5.

Commentaires (10)

1. laura 26/06/2006

c super complé c super

2. laura 26/06/2006

c marrant

3. Elodie 26/06/2006

Cette histoire est super drôle et bien mené.

4. Elodie 26/06/2006

Cette histoire est très bien mené et très drôle. Continue d'écrire de nouvelles histoire Misseva06.

5. Xavier 26/06/2006

Chapeau! On a vraiment l'impression d'être avec les personnages! A quand la prochaine nouvelle?!

6. Angela 27/06/2006

Waouh! Bravo dis donc! Un moment je me suis demandée si Molière avait eu vraiment cette nièce! On attend d'autres nouvelles aussi "chouettes"!

7. Johan 27/06/2006

C est super!!!!!!!!!!

8. Rosa 29/06/2006

Como Emma tu también has heredado este gran talento que cultivas con tanto amor y dedicación. Felicitaciones por tu historia, entretenida, y que deja con ganas de leer mas de lo tuyo. Espero con ansias lo siguiente.

9. Tonto Carlos 29/06/2006

waow
genial !!!
on dirait que tu as heriter le talent toi aussi... ;)
on attends les prochaines nouvelle

10. tontonpierre 06/05/2007

je découvre le site et je suis vraiment épaté! et notamment par cette nouvelle très fraîche, très amusante et qui ne manque pas de poésie. je suis très très fier d'en connaître l'auteur! bravo eva!

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